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De la serendipité

Le terme de « serendipity » désigne la faculté de faire des trouvailles par hasard. La réalité de ces découvertes ainsi que le dispositif les rendant possibles semblent s’apparenter à la pratique de l’ethnographie. « La démarche ethnographique procède d’un processus si complexe et impossible à vérifier que le savoir qui s’en trouve produit est presque accidentel, mais néanmoins, pertinent et, dans une certaine mesure, scientifique », écrivait Bernard Müller pour mon rapport de thèse (2013).

Au-delà du simple désir, la pensée vagabonde, crée des passages sémiotiques nécessaire à l’évolution des concepts. Qu’en est-il du devenir scientifique au-delà du hasard et de l’accident ?

Serendipité, le terme fut forgé par le collectionneur Horace Walpole en 1754. Les Trois Princes de Serendip raconte l’histoire de trois hommes qui, sur le chemin de l’aventure, ne cessent de trouver des indices qui n’ont en apparence aucun rapport avec leur but.

Le roi de Serendip a trois fils. Il les envoie à l’étranger pour parfaire leur éducation. Sur la route, les princes témoignent d’une étonnante sagacité. Ils remarquent d’abord qu’ils suivent la trace d’un chameau.

Puis, sans jamais l’avoir vu, ils sont bientôt capables de le décrire avec précision. Ils utilisent alors les traces laissées par l’animal : boiteux, borgne, une dent en moins, transportant une femme enceinte, chargé de miel d’un côté et de beurre de l’autre ; les inférences issues d’une succession de raisonnements inductifs constituent une première part de ce que la sérendipité leur offrira.

Tandis qu’ils sont sur le point d’être exécutés sous l’accusation d’avoir volé le chameau qu’ils ont su décrire avec tant de précision, le hasard les sauve. Ainsi, ce sont les récompenses non recherchées (serendipiteuses) qui établissent la valeur de leur intelligence.

L’ethnographie est d’abord une expérience concrète. La description est l’occasion de cultiver l’art du regard.

D’inférences en incertitudes, la capacité de raisonnement permet d’ériger le doute en méthode. Des rites d’interaction aux cadres d’énonciation, la serendipité se fait pragmatique. L’intérêt de son heuristique étant qu’elle encourage la confiance et la découverte de l’autre, et non la défiance ou la compétition vers laquelle nous ont entraîné les diverses entreprises coloniales.

Au théâtre je n’écris qu’à partir de séries de jeux ou d’improvisations. En tant que metteur en scène, je ne fais jamais que jouer du principe d’incertitude. Il ne s’agit pas de venir avec un texte mais au contraire de l’écrire ensemble.

L’acte de co-écriture procède à partir des gestes. Un mot sert d’abord de cadre au jeu de l’acteur qui entre seul en scène. Puis se joint à lui un autre acteur, dont l’entrée sur le plateau génère un motif d’action. Ensemble ils décrivent les faits d’une première scène :

– Lui dire je t’aime sur tous les tons,
– Je l’attends mais elle ne vient pas.

Les aléas de la performance nous permettent de dessiner ainsi des figures (Bouvier, 2017). Ensemble nous tissons les règles d’un jeu collaboratif dont le futur nous est encore inconnu. C’est la temporalité du présent, la recherche d’une certaine justesse qui nous guide (Dubos, 2016).

Réfléchissant à cette question de la méthode de travail en tant que metteur en scène, en parallèle à celle de l’anthropologie, il me semble que de que ce qui se joue entre l’artiste et le chercheur, la différence arrive au terme de la discrimination. Si l’œuvre de l’artiste doit être « faite de ses mains », l’objet du chercheur devrait lui être transcendant, de nature objective. 

Protocoles

Chacune de mes recherches en ateliers se base sur l’usage de protocoles méthodologiques. qu’il s’agisse d’analyse du geste, de documentation, d’organisation temporelle. Chacun des ateliers que je donne se fonde sur une organisation qui permet à chacun des participants de mesurer sa progression, puis de repartir avec ses propres outils d’étude du geste.

Temporalités

Je donne ici un exemple de l’usage du temps en atelier. Il s’agit du modèle développé pour la pratique de l’atelier “des_gestes_augmentés” donné à CineTIC à Bucarest.

L’atelier donna lieu à la pièce “Urban Delta Scapes“. 
Nb : Le détail de la pratique est donné en anglais.

GENERAL SCHEDULE

A — Collecting material, impressions, gathering skills & discussions
B — Choreographic games & Sound experiment
C — Collective improvisation with technology

DAY 1  _ A1 – Discovering each others
Morning
Explaining the project, the objectives, the capacity
Discovery of each others
– What are we doing here ?
– Who are you ? 
– Who am I
– Presenting the tools for the improvisation workshop
Afternoon
Soundscape listening & improvisations
Previous step with the sensors
CHAT 
explaining what we would be the fieldwork experiment

DAY 2 _ A2 – Fieldwork experiment
Fieldwork exploration (taking notes, dance impro and film)
A sound walk – taking notes
Collecting matter
Dansing on the field – film
Drawing a map of the experiment / a score

DAY 3 _ A3
Morning
Back to the studio (with the material from the previous day).
Discussion : showing our collect to the others
Improvisation games
– dancing in matter : play with your collection to create a choreography
Afternoon
Improvisation games
Exploring the gesture library

DAY 4 _ B1
Collective improvisation
Research day

DAY 5 _ B2
Collective improvisation & research day

DAY 6 _ B3 – BREAK // half day OFF
Take this time to think, take notes, imagine what you would like to develop.
At 4PM : come back to the studio to show to others what you have found.

DAY 7 
Choreograph & block the scences 

DAY 8 _ C1
Choreograph & block the scences 

DAY 9 _ C2
Choreograph & block 
Rehearsal in the studio 
Afternoon balance
Rehearsal at the venue hall.