Research

En correspondance pour l’Institut d’Etudes Avancées

Anne Dubos est membre correspondant de l’IEA de Nantes. Les membres correspondants ont pour mission de promouvoir l’Institut, de susciter des candidatures et de contribuer à l’évaluation de celles qui parviennent à la direction de l’IEA.

L’Institut d’études avancées de Nantes fut fondé en 2008, en s’inspirant du Institute for Advanced Study de Princeton (États-Unis) et du Wissenschaftskolleg de Berlin. Il offre des séjours, jusqu’à 9 mois, à des promotions de chercheurs (de jeunes chercheurs post-doctoraux jusqu’à des chercheurs confirmés). Depuis sa création, l’IEA de Nantes a inspiré le développement d’autres instituts à Paris, Lyon et Marseille, dans le cadre du Réseau français des instituts d’études avancées. Les membres correspondants ont pour mission de promouvoir l’Institut, de susciter des candidatures et de contribuer à l’évaluation de celles qui parviennent à la direction de l’IEA.

https://www.iea-nantes.fr/fr/

La Gestothèque

La Gestothèque se compose de catalogues de gestes collectés à travers ma pratique d’artiste chorégraphe. Elle regroupe : des photographies, des dessins, des collections d’images, des vidéos, des textes mais aussi d’interviews d’experts du geste provenant de différentes disciplines (chant, danse, chorégraphie, anthropologie de la communication, physique, biomécanique, musique électronique).

Cartographie de La Gestothèque, Le Mooc, 2018.

En 2017, La Gestothèque était invitée par l’Ambassade de France en Inde, pour une série d’ateliers sur la question du gesture design (Tata Institute for Social Sciences, Bombay, IIT Bombay, Ubi Soft Pune). Depuis 2016, elle est intégrée par l’IRCAM sur le projet CoSiMA et CoMo. En 2016-2017, elle était reçue comme projet de résident à l’Institut d’Études Avancées de Nantes Anne Dubos, IEA Nantes, fellow. Pour son lancement, en 2015-16, elle fut l’invitée de l’ENSCI-Les Ateliers sous forme d’un séminaire de recherche : Indian Gestothèque.

Cartographie des domaines de recherche

Depuis le début de ma recherche, je trace des cartes (mentales) de ma pensée. J’essaie, à chaque atelier de pratique que je mène, de représenter les cartographies des domaines impliqués.
Ainsi est né le projet de La Gestothèque.

Cartographie de La Gestothèque, 2015.

Habitabilités

Deux mois après ma soutenance de thèse, je fus recrutée comme chercheur post-doc par l’ANR TerrHab et le laboratoire de Sciences Sociales PACTE, de Grenoble. Il s’agissait de produire une analyse comparative des pratiques récréatives entre la pente du Vercors et les Coteaux du Jurançon. En vue d’articuler une théorie de l’habité mobile, j’y ai développé les notions d’intensitométrie, relative aux travaux d’Albert Piette et de ludopaysage relative aux écrits d’Augustin Berque sur la cosmophanie. Je m’inspirai également de la théorie des –scapes d’Arjun Appadurai, la combinant à la proposition d’une géographie temporelle (Time Geography) de Sonia Chardonnel. 

Le travail sur les Habitabilités se décline aujourd’hui sous le titre de Cosmophanies et Sonographies.

Quelle voix pour le théâtre ?

Fabrication des corps et des identités. Pour une étude du mouvement dans les théâtres contemporains au Kérala

Thèse préparée sous la direction de M. Jean-Claude Galey, et soutenue le 10 janvier 2013, devant un jury composé de Mme Lyne Bansat-Boudon (directeur d’études, EPHE, Ve section), M. Jean-Claude Galey (directeur d’études, EHESS ; directeur de la thèse), M. Bernard Müller (IRIS, EHESS), M. Albert Piette (Professeur, Université de Nanterre), M. Denis Vidal (Directeur de recherche, IRD).

La complexité de la construction de l’objet « théâtre contemporain au Kerala » relève du fait que d’une troupe à l’autre, les metteurs en scène font usage des éléments traditionnels ou contemporains selon des modalités différentes. D’où ma question initiale : Quelle voix pour quel théâtre ? qui parle à travers quels corps ? Alors que nombreux sont désormais les festivals où événements qui réunissent praticiens ou amateurs de théâtre, dont la pratique s’assume aujourd’hui comme contemporaine, c’est toute la tension entre la pratique des arts traditionnels et celle des arts contemporains qui s’exprime à travers la politique culturelle locale (Tarabout, 1997). 

À travers le discours des spécialistes, assiste-t-on à une entreprise de légitimation culturelle ou à l’émergence d’un genre artistique nouveau ? Car une fois les notions de « tradition » et d’ « authenticité » posées en relation dialectique à celles de « modernité » et de « globalisation », les revendications des praticiens du théâtre contemporain peuvent, soit relever d’une quête de nouvelles valeurs ou référence culturelle, soit s’inscrire en droite ligne d’un discours identitaire. 

Sur la base de trois monographies comparatives, à partir du travail de trois troupes, j’ai cherché à entrer dans le cœur du problème de la transmission des traditions gestuelles à travers les différentes traditions dramaturgiques du Kérala.
Apercevoir les nouvelles pratiques théâtrales comme des « arts de faire » décrits par le travail de Certeau, me permet d’entrevoir les arts de la scène comme une mise en pratique de l’art narratif, où la construction de soi se fait par un discours, qui n’est pas essentiellement verbal mais se constitue également par des signes matériels (techniques du corps, scénographie, musique…). 

“Au cours de ma recherche de doctorat, je me suis intéressée à l’évolution de la pratique théâtrale de l’Inde du Sud (au Kérala en particulier). J’ai voulu comprendre comment le théâtre était devenu contemporain. Je me suis donc penchée sur les modalités de transformation du geste technique au sein de diverses pratiques d’acteurs. Je voulais savoir si l’on pouvait observer une « mutation » du geste, qui ferait que certains seraient plus « évolués » que d’autres ; et donc plus proches de nos « arts contemporains » que d’autres. Je cherchais par là à dénoncer certains travers des politiques culturelles encore à l’oeuvre, qui fâcheusement, continue de faire usage des termes « primitifs » lorsqu’ils parlent de traditions millénaires”.